6 avril 2008

Coward and a cup of tea

Flying Lotus - 1983




Le meilleur moyen pour annihiler ma productivité, c'est de m'imposer un timing pour rendre mon texte. Alors voilà, comme promis, je suis lâche face à mon impuissance notoire. Tu enfonces le clou, je te déteste.

La lâcheté ne m'inspire rien de bon...Bien sûr, je ne prétends pas être au-dessus du monde pour affirmer n'avoir jamais été lâche. J'essaie toujours d'être loyale envers les autres et envers moi-même. Seulement quand votre ego est menacé, votre dignité fortement mise à mal, pas d'autre solution que de mentir. Ca s'appelle la lâcheté. Mais bon on ne peut pas vraiment vous en vouloir : tout le monde est lâche.
Tu fais quoi ce soir ? On passe te chercher dans une demi-heure.
Euh... Non mais oui mais non, j'ai prévu autre...
On vient te chercher.
Après deux possibilités s'offrent à vous : assumer votre associalisme ou mentir. J'ai choisi la meilleure solution : mentir. Mais bon mieux vaut être lâche et rester dans l'indifférence qu'honnête et décevoir tout le monde, non ?
La lâcheté, vaste sujet, surtout lorsqu'il s'agit des relations humaines. On est lâche pour ne pas vexer, par fainéantise, par je m'en foutisme, par flemme.
Je suis lâche parce que j'aime mes amis mais que je n'aime pas les amis de mes amis (qui ne sont donc toujours pas mes amis) et que je ne veux froisser personne. Un acte altruiste finalement !
Je suis lâche parce que je n'ose pas te dire que c'est fini, c'est vrai, on a passé un bon moment ensemble mais je ne sais pas, je ne sais plus, je ne veux plus me masturber l'esprit, je tourne en rond, je deviens folle, mes pensées deviennent opaques, un vrai bouchon, alors je suis lâche et je ne veux pas te dire que je ne suis plus apte à rester avec toi, je n'en peux plus de toi, mais je ne voudrais pas te faire de mal. Je te lâche ?! Non, je suis lâche. Alors laissons tourner les choses au vinaigre, la situation se dégrader, flancher, fâner, suppurer, laisse-moi te traîner dans la boue s'il-te-plaît, c'est tellement jouissif. J'aime te faire du mal et me faire du mal par la même occasion. J'ai besoin de souffrir et de mettre à mal ma propre estime pour me sentir exister. Frôler les emmerdes pour me sentir pousser des ailes. Laisse-moi t'utiliser, te manipuler, laisse-toi faire, sois mon gentil cobaye et je t'en supplie, tais-toi. Tu ne ferais qu'empirer la situation, accentuer ma haine. Dis-moi que tu m'aimes, j'en ai rien à foutre, moi, je ne t'aime pas. C'est triste à dire, oui, c'est pathétique, je suis horrible, sadique, indécise, hautaine, méprisante. C'est ça, méprisante. Ce n'est pas contre toi particulièrement, mais le mépris que j'ai pour toi n'est que le miroir de mes turpitudes. N'as-tu jamais été lâche, une fois dans ta vie ? Alors ferme-la. Je ne veux pas savoir. Tu peux t'en aller, commettre les pires infidélités, cracher ton venin à la face du monde, je m'en fous, je m'en tape, je ne veux pas savoir. Je suis lâche. Mon rempart contre la déception. La lâcheté. Un moyen de protection. Mieux, mon kit inépuisable de survie.
Quand tout le monde est du même avis, et que le vôtre fait tâche, comment ne pas être lâche ? A moins d'être parfaitement maître de vos émotions et de vous foutre de votre image, vous êtes lâches.
La lâcheté vous sauve la mise, même si elle vous rend coupable. A moins peut-être d'être sans foi ni loi, ce qui d'un côté me fait fantasmer. Vendre son âme au diable et perdre toute conscience. Briser ces chaînes sociales qui vous entaillent, vous font mal, mais que pourtant, vous prenez parfois un plaisir malsain à resserer.
Les gens les plus lâches doivent être les plus aigris. Etre lâche, c'est à la fois avoir un ego surdimensionné pour ne pas oser s'avouer faible et incertain, et manquer cruellement de couilles. Tu peux dire tout ce que tu voudras, je défendrai becs et ongles ma position. Sans en démordre. Parce que j'ai raison, et tu as tort. Peu importe qu'on soit dans le vrai, le faux, pourvu que tout le monde soit satisfait.
Je suis lâche quand je détourne la tête au lieu de soutenir ton regard. Qu'est-ce que tu chercher à percer ? Je ne suis pas prête à te laisser lire dans mes yeux ce qui ne saurait être dit en d'innombrables conversations. Tu en saurais bien trop pour que je puisse à nouveau te regarder innocemment. Je préfère regarder le paysage défiler à travers la vitre dégueulasse. Même s'il n'y a rien à regarder, et que je suis en train de penser à toi qui me regardes, parce que cela m'a touchée, et que cela m'amuse. Vous êtes oppressé, fuyant, mais peu importe, vous êtes lâches. Que faire d'autre, de toute façon ?
La lâcheté, c'est aussi passer tous les jours devant ce clochard barbu, magistralement indifférent, ou pire en feignant l'indifférence, honteux d'être quelqu'un socialement et pas lui, et de ne pas dédommager votre conscience en lui cédant quelques pièces, parce que c'est vrai merde un euro au clodo aujourd'hui et demain il me prend un bras !? Et si je donne à l'un, il faut donner à l'autre...Et puis d'ailleurs en quoi lui serais-je utile ? Il ira s'acheter de la vinasse premier prix à la supérette du coin. S'engager dans une association à but humanitaire...quoi ? Mais non, je n'ai pas le temps, je travaille, je paie des impôts, et puis on ne changera pas le monde, je suis un grain de sable dans le désert de Gobi, autrement dit une particule insignifiante dans un vide interstellaire. De l'antimatière. Je n'existe pas, je n'existe plus qu'à travers ma lâcheté et plus tard, quand j'aurai une vie tranquille, une maison tranquille, et que je m'ennuierai dans cette vie trop tranquille, je serai encore plus lâche que maintenant. Cette lâcheté me rongera de culpabilité, mais j'aurai bridé moi-même mon espace vital, délimité la zone à coups de panneaux qui me crieront sans cesse « danger », mais que j'aurai pris l'habitude d'ignorer et de contourner soigneusement, en reculant toujours pour mieux sauter. J'aurai accepté le lent et inéluctable processus de macération de la lâcheté, et en tant que bonne pratiquante, j'aurai appris à vivre avec, et à en faire un art. J'aurai fait en sorte d'adapter les contraintes de la réalité à celles de mon Cas, le fameux démon qui vous débauche aux moments les plus inopportuns. On sera tous d'innommables lâches, parce qu'on a peur, peur de se retrouver seuls, de ne pas plaire à tout le monde et d'être critiqué. La désinvolture passée ne sera devenue qu'une grotesque et pitoyable comédie où tout le monde s'arrange pour faire passer la sauce à sa façon. Si je suis lâche, c'est pour faire passer mes intérêts avant les tiens. Allez, tu reprendrais bien un peu de lâcheté ?



2 commentaires:

Anonyme a dit…

Magnifique.

Anonyme a dit…

c'est le mot...magnifique.