The paper Work Explosion Raymond Scott
Je suis là debout, mes valises à la main, au milieu du hall où se mêlent le brouhaha des gens qui parlent, s'écrient, des gens qui passent, de la voix féminine et consuelle qui annonce l'entrée en gare des trains et leur départ. Un sourire béat est pendu à mes lèvres. Parfois je me dis que je pourrais passer des heures à observer les gens. M'asseoir et observer. On en apprend souvent plus en détaillant attentivement les gens et leurs manies qu'en leur parlant. Les voyageurs sont pressés, marchent d'un pas précipité, d'autres courent vers le quai en espérant avoir leur train, d'autres sont simplement assis sur un banc à bouquiner un livre acheté au kiosque de la gare.
Des groupes de jeunes se massent l'épaule et s'étirent après avoir posé leur sac de routard. Des vieux ont le regard perdu de ceux qui ne trouvent plus le tableau d'affichage. Où sont les horaires ?! Des couples amoureux se retrouvent et s'enlacent. Des hommes en costard à l'allure guindée regardent le cadran de leur montre d'un air pincé et contrarié, de l'autre ils tiennent leur inexorable malette. Des étourdis ramassent le contenu de leur bagage qui s'est déversé sur le sol.
J'aime aussi prendre le métro. Cette vague de chaleur qui vous envahit en descendant les escaliers, cette odeur si particulière de caoutchouc chaud et de renfermé. Les gens qui se regardent d'un air intrigué d'une rame à l'autre. Les portes qui s'ouvrent et se referment si subitement. Le gentil petit lapin collé sur le côté qui s'exclame « attention, ne laisse pas tes doigts près des portes, tu pourrais te faire pincer très fort! ». Cette sensation d'oppression aux heures de pointes. Le regard fatigué des parisiens pressés de rentrer chez eux. Ceux qui parlent fort. Les étrangers au regard méfiant. Cet agacement quand vous n'avez plus vraiment où vous tenir, enserré entre des gens plus grands que vous et qui vous envoient sans gêne aucune l'effluve de leurs aisselles après avoir un peu trop transpiré. Cette sensation d'oppression, d'étouffement, de timidité quand plusieurs personnes vous fixent. Des khâgneuses absorbées dans la lecture de classiques de la littérature française. Des iPod vissés aux oreilles d'un peu tous les jeunes, toujours un peu plus transportés par la musique, accordée à la fuite du véhicule souterrain. Même les vieux s'y mettent : là-bas un papi assis, fronçant les sourcils sur la molette de son joujou high tech « comment ça marche ce truc? » demande-t-il à sa femme qui hausse les épaules en soufflant. L'alerte qui sonne un arrêt. « Saint Lazare ! ». Une fois. « Saint Lazare ». Deux fois.
Je suis toujours dans mon hall de gare, qui ne désemplit pas. Je suis au téléphone quand une personne se retourne sur moi. Un regard illuminé. J'ai retrouvé une amie d'enfance, par hasard. On rigole face à ce heureux hasard.
Puis nous décidons d'aller boire un café. Et merde, on peut plus fumer ici. Elle me raconte sa vie, comment elle a atterri en Angleterre pour faire son double cursus, je lui parle de mes doutes. Dans les moments silencieux, on s'étudie malicieusement en pouffant. «T'as changé ».
Je prends son numéro, puis vient l'heure de se séparer, chacune devant prendre son train respectif, repartant vers le quotidien familial, le coeur léger.
Les histoires de gare n'existent donc pas que dans les romans.
Vespale
18 février 2008
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